Pénurie d’orthophonistes en France : état des lieux

Un an d’attente pour un bilan, parfois deux. Trois candidats sur cent admis en formation. Des postes hospitaliers qui ne trouvent pas preneur. La pénurie d’orthophonistes n’est plus seulement un ressenti de parents : les rapports officiels la documentent. Voici ce qu’ils disent, chiffres à l’appui.

Les chiffres clés

  • 24 600 orthophonistes de moins de 62 ans en activité au 1er janvier 2023, 24 % de plus qu’en 2013 (DREES)
  • 85 % exercent en libéral ou en exercice mixte, 15 % sont salariés
  • Des délais d’attente de plusieurs mois, souvent un an, jusqu’à deux ans dans certains territoires (rapport parlementaire, mars 2025)
  • 30 532 candidatures sur Parcoursup en 2024 pour 981 admis, soit environ 3 %
  • 1 025 places en première année à la rentrée 2026, contre 975 chaque année de 2023 à 2025
  • 135 orthophonistes pour 100 000 mineurs en moyenne, de 19 en Guyane à 255 dans l’Hérault

Des délais qui se comptent en mois, parfois en années

Le constat le plus concret est celui des familles. Le rapport de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, publié en mars 2025, décrit des délais d’attente de plusieurs mois, « fréquemment une année », et jusqu’à deux ans dans certains territoires. La liste d’attente commune de la plateforme de régulation utilisée par la profession recensait alors 250 000 patients.

Ces délais ne sont pas qu’un désagrément. Dès 2023, la Fédération nationale des orthophonistes (FNO) alertait sur des patients dont l’état s’aggrave faute de prise en charge, et sur d’autres qui renoncent aux soins. Pour un enfant de cinq ans qui présente un trouble du langage oral, un an d’attente, c’est une année scolaire.

Plus d’orthophonistes que jamais, mais une demande qui va plus vite

La France n’a jamais compté autant d’orthophonistes. Au 1er janvier 2023, la DREES en dénombrait 24 600 de moins de 62 ans en activité, 24 % de plus qu’en 2013. Les effectifs suivis par l’Assurance maladie sont passés d’environ 8 000 en 1995 à 13 000 en 2008, puis à plus de 24 000 en 2023. La profession reste féminine à 97 % et libérale à 85 %, en comptant l’exercice mixte.

La demande, elle, progresse plus vite. En 2019, près de 1 250 000 enfants et adolescents, soit 9 % des moins de 18 ans, ont consulté un orthophoniste libéral au moins une fois, pour plus de 21 millions de consultations (DREES). Entre 3 et 5 ans, plus de huit prises en charge sur dix concernent le langage oral ; entre 6 et 10 ans, le langage écrit en représente 37 %. S’y ajoutent les adultes : séquelles d’AVC, maladies neurodégénératives, troubles de la déglutition. Le rapport parlementaire retient deux moteurs pour les années à venir, le vieillissement de la population et le repérage plus précoce des troubles du neurodéveloppement.

Des territoires très inégalement dotés

La moyenne nationale, 135 orthophonistes pour 100 000 mineurs, masque des écarts du simple au décuple. L’Hérault en compte 255 et Paris 228 ; le Cantal, 40 ; la Guyane, 19. La moitié des départements se situent sous la barre des 104. Le recours aux soins suit la même carte : plus de 120 enfants sur 1 000 consultent dans le Rhône, le Nord ou la Meurthe-et-Moselle, moins de 40 en Seine-Saint-Denis, dans le Cher ou les Deux-Sèvres. Les départements les moins dotés sont aussi ceux où les enfants consultent le moins.

Le goulot d’étranglement : 3 % d’admis en formation

La cause principale est connue : le nombre de places. Les 22 centres de formation universitaire en orthophonie (CFUO) ont accueilli 808 étudiants en première année en 2013 et 975 en 2023, un quota reconduit à l’identique en 2024 et 2025. Il passe à 1 025 pour la rentrée 2026. En face, Parcoursup a enregistré 30 532 candidatures en 2024 pour 981 admis, soit environ trois pour cent.

La durée des études n’est pas en cause : cinq ans, au grade de master, pour le certificat de capacité d’orthophoniste. La réforme entrée en vigueur à la rentrée 2026 (décret et arrêté du 11 mars 2026) réorganise le programme autour de compétences et place un premier stage dès la première année, mais ne change rien aux quotas, qui dépendent des capacités d’accueil des centres.

L’hôpital et le médico-social en première ligne

Les 15 % d’orthophonistes salariés exercent surtout en établissements pour personnes handicapées et en établissements de santé ; 5 % seulement travaillent auprès des personnes âgées. L’hôpital compte environ 1 000 orthophonistes au niveau national, et le rapport parlementaire évoque un taux de vacance des postes qu’il juge très élevé, sans le chiffrer. La grille de la fonction publique hospitalière, 1 818 € brut en début de carrière et 2 850 € en fin de carrière, complétée par les 183 € nets mensuels du Ségur, pèse sur l’attractivité des postes salariés. En mars 2026, la FNO appelait encore les orthophonistes salariés du secteur social et médico-social à une journée de mobilisation nationale.

Ce que les pouvoirs publics ont engagé

Depuis la loi du 19 mai 2023, les patients peuvent consulter un orthophoniste en accès direct, sans prescription, dans les structures d’exercice coordonné. Le 3 avril 2025, l’Assemblée nationale a adopté la proposition de loi d’Agnès Firmin Le Bodo visant à renforcer la démographie des orthophonistes : une trajectoire de quotas de 1 073 places en 2025 à 1 463 en 2030, un contrat d’engagement de service public pour les étudiants qui s’installent en zone sous-dotée, un statut de maître de stage universitaire et la transformation du certificat de capacité en diplôme d’État. Le texte a été transmis au Sénat, qui ne l’avait pas encore examiné à l’automne 2025. Le quota 2026, 1 025 places, reste en deçà des 1 122 qu’il prévoyait.

Se former dans un autre pays de l’Union européenne

Face à un taux d’admission de 3 %, une partie des candidats se tourne vers des formations à l’étranger. L’orthophonie est une profession réglementée : un diplôme obtenu dans un autre État membre de l’Union européenne peut donner lieu à une autorisation d’exercice en France, délivrée après examen du dossier et, le cas échéant, une mesure de compensation (stage d’adaptation ou épreuve d’aptitude). C’est la voie que propose ENSAO avec le Diploma Orthophonie, en ligne ou en présentiel : un Grado en Logopedia de l’Universidad Camilo José Cela, à Madrid, en quatre ans et 240 crédits ECTS, accessible sans concours ni Parcoursup, avec un accompagnement pour la reconnaissance du diplôme en France.

Questions fréquentes

Combien y a-t-il d’orthophonistes en France ?

24 600 orthophonistes de moins de 62 ans étaient en activité au 1er janvier 2023 selon la DREES, dont 85 % en libéral ou en exercice mixte.

Pourquoi les délais d’attente sont-ils si longs ?

Parce que la demande augmente plus vite que les effectifs : 9 % des mineurs consultent, les quotas de formation sont restés à 975 places de 2023 à 2025, et les orthophonistes sont inégalement répartis sur le territoire.

Combien de places en formation d’orthophonie en 2026 ?

1 025 places en première année dans les 22 CFUO, pour environ 30 000 candidatures déposées chaque année sur Parcoursup. Une formation suivie dans un autre pays de l’UE, comme le Diploma Orthophonie d’ENSAO, permet de contourner cette sélection.

Sources

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