Chaque deuxième jeudi d’octobre, la Journée mondiale de la vue rappelle que la plupart des déficiences visuelles se préviennent ou se corrigent. En France, le sujet se résume à trois tensions : une myopie qui progresse, des ophtalmologistes plus nombreux mais inégalement répartis, et une filière optique appelée à prendre une part croissante du suivi. État des lieux chiffré, sources à l’appui.
Les chiffres clés
- 2,2 milliards de personnes dans le monde ont une déficience visuelle de près ou de loin ; pour 1 milliard d’entre elles, elle aurait pu être évitée ou n’est pas encore traitée (OMS, février 2026)
- 37 % des adultes et 20 % des enfants et adolescents sont myopes en France (étude épidémiologique du CHU de Poitiers)
- La moitié de la population mondiale pourrait être myope en 2050 (International Myopia Institute)
- 5 981 ophtalmologistes en activité au 1er janvier 2025, le niveau le plus haut depuis dix ans (DREES)
- 55 départements sous-dotés en ophtalmologistes, dont 9 à moins de 3 pour 100 000 habitants (Conseil national de l’Ordre des médecins, 2025)
- 19 jours de délai médian pour un contrôle non urgent chez l’ophtalmologiste en 2024, contre 66 jours en 2017 (Snof, enquête CSA)
Dans le monde : 2,2 milliards de personnes concernées
L’Organisation mondiale de la santé a actualisé ses chiffres en février 2026. Au moins 2,2 milliards de personnes présentent une déficience visuelle de près ou de loin. Pour près de la moitié, soit 1 milliard, cette déficience aurait pu être évitée ou n’a pas encore été prise en charge : 94 millions de cataractes, 88,4 millions de troubles de la réfraction non corrigés, 8 millions de dégénérescences maculaires liées à l’âge, 7,7 millions de glaucomes, 3,9 millions de rétinopathies diabétiques. La presbytie, première cause de déficience de la vision de près, touche 826 millions de personnes.
L’accès aux soins fait la différence. Dans les pays à faible revenu, près de deux personnes sur trois qui auraient besoin de lunettes n’en ont pas, et la moitié de ceux qui auraient besoin d’une opération de la cataracte n’y accèdent pas. L’OMS chiffre la perte de productivité liée aux déficiences visuelles à 411 milliards de dollars par an, à comparer aux 25 milliards nécessaires pour couvrir les besoins non satisfaits. Le vieillissement de la population pousse ces chiffres à la hausse : la plupart des personnes concernées ont plus de 50 ans.
La myopie, une progression mesurée
En France, l’étude épidémiologique menée par le CHU de Poitiers depuis 2016 établit la myopie à 37 % chez les adultes et à 20,48 % chez les 0-18 ans. À l’échelle mondiale, l’International Myopia Institute évalue la prévalence à près de 30 %, avec des pointes à 95 % dans les pays d’Asie de l’Est les plus touchés, et projette 50 % de myopes en 2050 si rien ne ralentit la tendance, dont 10 % de fortes myopies, celles qui exposent au décollement de rétine, au glaucome et à la maculopathie.
Les facteurs identifiés par la recherche sont le temps passé en intérieur et le travail de près prolongé, deux habitudes que les écrans ont renforcées. Le dépistage des enfants reste le point faible : en 2021, 40 % des parents emmenaient leur enfant chez l’ophtalmologiste pour un contrôle de routine, contre 55 % dix ans plus tôt (baromètre AsnaV-OpinionWay).
Ophtalmologistes : plus nombreux, mais mal répartis
La France comptait 5 981 ophtalmologistes en activité au 1er janvier 2025 selon la DREES, un effectif au plus haut depuis dix ans, retraités actifs compris. La densité nationale s’établit à 5,96 pour 100 000 habitants d’après le Conseil national de l’Ordre des médecins. La moyenne cache des écarts considérables : 55 départements sont en sous-démographie ophtalmologique, dont 39 sous les 5 pour 100 000, 22 sous les 4 et 9 sous les 3. Mayotte et le Lot n’en comptent aucun ; la Creuse en a 0,9 pour 100 000 habitants, la Haute-Saône 1,3. À l’inverse, 26 départements dépassent 7 pour 100 000.
Ces déserts coïncident souvent avec les territoires les plus âgés : 26 départements cumulent une densité inférieure de 5 points à la moyenne et plus de 30 % d’habitants de plus de 60 ans, contre 28 % en moyenne nationale. Là où les besoins sont les plus forts, l’offre est la plus faible.
Des délais de rendez-vous divisés par trois
Bonne nouvelle en revanche sur les délais. L’enquête CSA réalisée pour le Syndicat national des ophtalmologistes de France auprès de 2 436 praticiens libéraux mesure, en 2024, un délai médian de 19 jours pour un contrôle périodique non urgent, contre 66 jours en 2017, soit une baisse de 71 %. En prise de rendez-vous en ligne, le délai tombe à 17 jours ; pour une consultation avec symptômes, à 5 jours. Trois demandes sur quatre aboutissent à un rendez-vous pour un contrôle périodique.
L’explication tient en un mot : délégation. 85 % des ophtalmologistes travaillent avec des orthoptistes, des opticiens, des infirmiers ou des assistants médicaux, ce qui leur permet d’absorber une activité en hausse de 3,7 % en un an. Le Snof vise un délai médian de 15 jours. Ces moyennes nationales ne disent toutefois rien des départements sous-dotés, où le problème n’est pas le délai mais l’absence de praticien.
Ce que cela change pour les opticiens
La filière optique absorbe une part croissante du suivi visuel. Les opticiens-lunetiers peuvent renouveler et adapter une correction sous conditions de délai selon l’âge et, depuis mai 2023, adapter une première prescription lorsque l’équipement ne convient pas au porteur. Un rapport de l’IGAS de 2019 recommandait d’aller plus loin dans l’élargissement de leurs compétences ; ses propositions n’ont pas encore été traduites en mesures concrètes. Pour les magasins d’optique, l’enjeu est double : recruter des opticiens diplômés, et les former au dépistage et au conseil, pas seulement à la vente.
C’est ce que prépare le BTS Opticien Lunetier, en deux ans, en alternance ou en formation initiale à ENSAO, et le double cursus audio-optique pour ceux qui veulent couvrir les deux sens. Le détail du métier est sur notre page opticien-lunetier.
Questions fréquentes
Combien de myopes en France ?
37 % des adultes et 20,48 % des 0-18 ans, selon l’étude épidémiologique du CHU de Poitiers citée par le collectif Ensemble contre la myopie.
Combien d’ophtalmologistes en France ?
5 981 en activité au 1er janvier 2025 (DREES), soit 5,96 pour 100 000 habitants. 55 départements sont en sous-démographie ophtalmologique.
Quand a lieu la Journée mondiale de la vue ?
Le deuxième jeudi d’octobre, à l’initiative de l’Agence internationale pour la prévention de la cécité (IAPB) : le 8 octobre en 2026, le 14 octobre en 2027.
Sources
- OMS, aide-mémoire « Cécité et déficience visuelle », 10 février 2026
- Ensemble contre la myopie, « La myopie en France et dans le monde » : étude du CHU de Poitiers, International Myopia Institute
- Acuité, 30 juillet 2025 : effectifs d’ophtalmologistes au 1er janvier 2025 (DREES)
- Bien Vu, 7 avril 2025 : densités départementales (Conseil national de l’Ordre des médecins)
- Egora, 8 octobre 2024 : enquête CSA pour le Snof sur les délais de rendez-vous
- FréquenceOptic, 17 juin 2021 : baromètre de la santé visuelle AsnaV-OpinionWay







